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Bourgogne et Hip-Hop en fusion au Clos Vougeot

A la sortie des vendanges 2024, le bruit des secateurs a laissé place à du gros son dans la Côte de Nuits. Le mythique château du Clos Vougeot basculait pour une nuit  » Vins et Hip-Hop ». La culture Rap à l’assaut du siège de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin le temps d’un concert de charité. Sold-out en quelques heures, cette soirée était à l’initiative de la société d’évenementiel Hautes Côtes (de Milena Berman et Loïc Lamy) et de Jeremy Seysses. Interview du boss du Domaine Dujac avant le début des joyeuses hostilités.

Jeremy Seysses (Dom. Dujac) et Melanie Berman (Hautes Côtes) à l'initiative de la soirée Vins et Hip-Hop.
@Tellementsoif
Jeremy Seysses (Dom. Dujac) et Melanie Berman (Hautes Côtes) à l'initiative de la soirée Vins et Hip-Hop.

Cette soirée « Brooklyn to Burgundy » au Château du Clos de Vougeot mélait vin et hip hop avec les artistes Andy 4k, JeanJass, Armel Bizzman (DJ parisien) et Kool G Rap. Animé par Jermaine Stone de Wine and Hip Hop et Mehdi Maïzi de Le Code. Produit par Hautes Côtes et Jeremy Seysses du Domaine Dujac.


DEGUSTATION En introduction, une dégustation était offerte avec la présence de treize domaines bourguignons stars : Domaine Dujac, Domaine Faiveley, Domaine Trapet, Domaine des Lambrays, Domaine Taupenot-Merme, Domaine Duroché, Domaine Vincent Dancer, Domaine du Comte Armand, Domaine Denis Mortet, Domaine des Comtes Lafon, Domaine Messager-germian, Le Puy de L’Ours, Domaine Alex Moreau


Degustation informelle dans la salle du chapitre de la confrerie des Chevaliers du tastevin

ENTRETIEN Antoine Gerbelle (Tellementsoif.tv) 

Bonjour Jérémy, première question : d’où vient cette idée d’associer la Bourgogne, les vins de Bourgognes au hip-hop ? 

Jeremy Seysses : Le vin c’est un produit avec lequel on fait beaucoup de rencontres. Et avec la musique aussi. Donc il y a toujours eu ces associations vin-musique en Bourgogne. Il y a la manifestation « Musique et Vin » ici au Clos Vougeot, par exemple. Il y a le festival de musiques baroque à Beaune, il y a le festival « Vin & Jazz ». C’est donc une longue histoire où plein de choses ont déjà été faites.

Et le déclic de cette aventure ?J’ai rencontré Jermaine Stone (1) qui fait un podcast (aux Etats-Unis) qui s’appelle Wine Hip Hop. J’avais rencontré des artistes de hip hop aussi qui étaient venus en cave, au domaine, et je savais qu’entre les rappeurs américains mais aussi les sportifs, il y avait une curiosité pour le vin, un côté bon vivant, le souhait de bien vivre. J’ai des clients dans ces mondes-là.

Jermaine Stone chauffant la grande salle du château du Clos Vougeot.
@tellementsoif
Jermaine Stone chauffant la grande salle du château du Clos Vougeot.

 » Jermaine avait cette idée de réunir les deux ensembles. Quand il est venu en Bourgogne, il y a trois ans, pour faire un break, on s’est dit : est-ce qu’on ne ferait pas une fête d’après Vendange ? Avec un DJ et on amène du vin et du hip hop.  Et ça a bien pris. Et trois ans plus tard nous voilà au Clos Vougeot avec des artistes plus connus, des performances live.

Et puis le moment s’y prête bien. C’est une période de l’année où tout le monde « post vendange » est d’humeur très festive. On a tous envie de décompresser. Surtout en 2024, après cette année viticole très éprouvante. Donc ce soir l’humeur est là.

C’est la première au Clos Vougeot ? C’est la deuxième au Clos Vougeot mais la première a eu lieu en 2022, au Clos du Moulin aux Moines à Auxey-Duresses.

Combien de personnes assite au concent ce soir ? On est limité à 550 places. Je ne vous dis pas qu’on ne sera pas un peu plus. On va essayer de tenir la jauge mais enfin c’est un concert (rires).


Le lieu est déjà trop petit ? On voudrait passer sur des vrais concerts à l’avenir. Mais on n’est pas des spécialistes de l’événementiel donc on apprend au fur et à mesure. C’est un peu la nature du truc. Mais à l’avenir, il nous faudra un lieu plus grand.

Comment cela se passe avec les équipes du Clos Vougeot ? Cela doit les changer des chapitres de la confrérie… Oui, ce n’est pas du tout le même public, pas la même musique et surement moins de bans bourguignons ce soir [rire]. Plus sérieusement, Arnaud [Arnaud Orsel, intendant général de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin ndlr) m’avait parlé de son souhait de créer des événements un peu plus modernes ou en tout cas de remettre les choses en question. Alors je sais que ce n’était pas forcément passé tout de suite au Conseil de la Confrèrie mais il a bien proposé la chose. Ils ont aussi renouvelé le Conseil, il y a beaucoup de membres plus jeunes qui voyaient l’intérêt là-dedans. Ils nous ont accueillis généreusement l’année dernière et le lendemain ils ont proposé une date pour cette année. Donc je conclut que ça c’est bien passé.

Quel lien existe-t-il pour vous entre cette musique de rue et la solennité qui entourent les vins de Bourgogne ? D’une part je pense que la Bourgogne est plus récemment, de par les prix entre autres, devenue quelque chose de beaucoup plus solennel que ça ne l’était historiquement. Pendant longtemps, la Bourgogne était quand même beaucoup plus abordable et il y avait une certaine informalité. La Bourgogne reste informelle d’ailleurs et j’aime ce côté et cette certaine simplicité dans ce vin. Donc ça, ça nous permet peut-être de retrouver un petit peu ce côté-là.

Et puis après la Bourgogne, ce n’est pas que les grands crus. On voit actuellement l’engouement pour les aligotés, et que connaissent les appellations plus abordables.

Donc c’est important de montrer que la Bourgogne, ça se consomme aussi de manière simple, informelle, à un moment de célébration, avec des amis, debout peut-être, pas forcément dans un contexte très formel de restaurant étoilé ou quelque chose comme ça.

 » Le hip-hop, c’est une vraie musique de terroir.  Le hip-hop de Los Angeles n’est pas le même que le hip-hop de New York, qui n’est pas le même que le hip-hop de Georgie à Atlanta et ainsi de suite. »

Le Hip-Hop c’est une musique de terroir ? Ici les mots, les paroles sont essentielles. Les gens ont leur accent, ont leur rythme de diction. Je pense que nous parlons des langages communs.

En fait, la Bourgogne et le hip-hop racontent des histoires ancrées. Le rappeur raconte l’histoire de sa rue et la Bourgogne raconte depuis tout le temps l’histoire de sa Côte. 

Vous entretenez également un lien fort en Bourgogne entre la musique et le vin : C’est vrai. C’est vrai pour la musique en général, pas que pour le hip-hop. Mais c’est vrai pour toutes les passions. Quand ils ont des passions en commun, les gens savent très vite communiquer entre eux. Quand on est passionné de vin et de musique, les affinités sont là. Entre passionnés on se retrouve.

Comment définiriez-vous le public ce soir ? C’est un public très diversifié. J’ai l’impression que c’est beaucoup plus mixte que beaucoup d’événements en Bourgogne. L’idée n’est pas forcément de se comparer, mais je pense que ça montre qu’il y avait une appétence ou qu’il y avait un souhait pour une manifestation comme celle-ci. Pour accueillir des gens d’un peu partout. On a par exemple une école de danse de hip-hop qui est basée à Chenove (près de Dijon), qui est super, elle s’appelle Figure de Style. Ils sont fabuleux.


Leçons de breakdance des élèves de "Figure de style", école Hip-Hop basée à Chenove (près de Dijon).
Leçons de breakdance des élèves de "Figure de style", école Hip-Hop basée à Chenove (près de Dijon).


 » Donc parfois, on a besoin de prendre une pause de ce qui est tout le temps de la contestation. C’est une musique de contestation aussi, le hip-hop, pour le coup. Mais on se retrouve autour de quelque chose qui est fédérateur, on passe un moment ensemble, on vibre un peu ensemble, ça c’est pas mal.

 » Et ça rajeunit aussi l’image qu’on donne à la Bourgogne. Quand on a 25 ans, c’est rarement le premier vin qu’on découvre. « 

Parce qu’il faut avoir des moyens potentiellement, en tout cas c’est un peu être un peu intimidant, même s’il y a des vins, comme je le disais tout à l’heure, totalement abordables.

Quand j’ai démarré, je suis revenu à plein temps sur le domaine, j’avais 25 ans. Je rencontrais que des clients qui étaient plus vieux que moi à mes débuts. Et j’avais le besoin de trouver ma tribu, en termes d’âge aussi.

Jeremy Seysses dans la cour du Château du Clos Vougeot.
@tellementsoif
Jeremy Seysses dans la cour du Château du Clos Vougeot.

Maintenant je suis un peu plus âgé mais j’ai toujours envie de proposer des choses qui intéressent tout le monde et qui intéressent les jeunes qui en on a besoin. On ne peut pas être que sur une clientèle qui vieillit, ce qui est vrai.

J’ai observé que des gens viennent ici en famille avec plusieurs générations, ils viennent avec leurs enfants. 

 » Ça permet aux parents de dire à leurs enfants, les jeunes vignerons qui sont en mode de reprise : « tu vois, tu peux venir habiter à Morey-Saint-Denis, tu peux venir habiter à Chassagne-Montrachet, mais tu ne seras pas coupé du monde non plus. »
Vignerons (ici le domaine Mortet) en dégustation.
@tellementsoif
Vignerons (ici le domaine Mortet) en dégustation.

Antoine Gerbelle : J’ai déjà assisté à des soirées autour du vin et du Rap. C’était souvent des vins de la mouvance naturel. Associé hip-hop et Bourgogne, est-ce pour dire qu’ici on cultive aussi « l’esprit nature » ? Je pense que l’ensemble des bourguignons ont plus en commun avec le vin naturel qu’avec le vin plus industriel ou plus standardisé. On a une image de la Bourgogne assez conservatrice, mais quand je parle à mes collègues, quand je vois ce qu’ils font dans les vignes, quand je vois ce qu’ils font dans leur cuverie, personne n’est statique. Tout le monde va de l’avant, cherche, pousse et se remet en question. Et le vin nature a secoué les choses pour sûr. J’ai pas mal de collègues qui ont fait des essais dans ce sens-là. Qui sont restés, qui ne sont pas restés, mais ils ne restent pas indifférents. 

 » Je pense que l’ensemble des bourguignons ont plus en commun avec le vin naturel qu’avec le vin plus industriel ou plus standardisé. »

Ce soir, on accueille tout le monde. Donc on a des producteurs qui, je pense, seraient classés en vin nature. On a des vins qui sont avec soufre. On a des vins qui sont avec bois neuf, sans, avec une approche peut-être plus pragmatique de la vinification, dont les miens. Donc on est ouvert à tous et on ne se ferme à rien.

C’est une soirée ou des vins sont vendus et de belle bouteilles. Quel est le modèle économique ce genre de soirée ? Est ce dans un but caritatif ? Je vous avoue qu’on l’a fait par-dessus la jambe la première année. La deuxième année, mes amis Milena Berman et Loïc Lamy ont créé leur société qui s’appelle Hautes de Côtes (2), avec laquelle ils ont pris ça en main.

Liste des quelques bouteilles vendues durant la soirée "Vins et Hip-Hop"
@tellementsoif
Liste des quelques bouteilles vendues durant la soirée "Vins et Hip-Hop"

Oui, nous voulons donner les recettes à des associations caritatives. Pour ma part, je soutiens et suis dans le borde d’une association qui s’appelle The Roots Fund aux Etats-Unis (https://www.therootsfund.org), qui travaille à plus de diversité dans les métiers du vin et de l’alcool. Ils soutiennent des bourses, du mentoring, de l’accès aux livres ou à l’éducation aux métiers de l’alcool et du vin. 

Vous trouvez que le monde du vin manque de diversité ? Une des choses qui m’intéresse beaucoup dans le vin, c’est, je le disais au début, c’est la passion qu’ont les gens pour ça et les rencontres qu’on fait par le biais du vin. Et j’ai remarqué que dans certains événements, dans certains comportements parfois, l’industrie du vin se comporte de manière fermée. On n’est pas ouvert à tous. Alors c’est sûr, il y a le côté économique de la chose, socio-économique, qui fait que parfois ce n’est juste pas possible de se permettre de dépenser des milliers d’euros sur une bouteille. Mais dans le contexte des dégustations, dans le contexte des métiers du vin, pour moi, il faut absolument qu’on soit ouvert à tous, que tout le monde se sente bienvenu.  Et ce soir, c’est l’occasion de le démontrer.

De rapprocher les communautés qui sont a priori assez éloignées ? D’apprendre à mieux se connaître et de créer des passerelles. Et à l’avenir, on a l’intention de travailler davantage au bénéfice de diverses associations. L’événement en est à son début et ce n’est pas quelque chose qui gagne beaucoup d’argent. C’est plutôt quelque chose qui en coûte, mais on s’amuse bien.

Merci Jeremy et rendez-vous en 2025. 

NOTES
1) Jermaine Stone Originaire du Bronx, Jermaine Stone est président de Cru Luv Wine une agence créative basée à New York dédiée au mélange de vin et de culture hip hop.

2) Hautes Côtes https://www.hautescotes.com/en « Hautes Côtes a été fondée par Milena Berman et Loïc Lamy en 2021. Avec leur équipe de spécialistes du vin et de l’art basée à Beaune, ils produisent des expériences mêlant leurs deux univers à travers la France et l’Europe, en travaillant en collaboration avec un vaste réseau d’experts, de créateurs et de créatifs. Hautes Côtes conçoit des programmes pour des groupes privés, des fondations à but non lucratif, des clubs de membres, des maisons de vente aux enchères, des mécènes de musées et des professionnels du monde du vin et de l’art. »

A PROPOS DE  / Jeremy Seysses* (49 ans) à rejoint ses parents au Domaine Dujac en 1998. Il est suivi par sa femme Diana, fille de vignerons de la Napa ­Valley et œnologue diplômée de l’université de Davis en Californie, et son frère Alec en 2003. Tous les trois forment la nouvelle génération qui veille à la destinée de ce domaine de réference installé à Morey-Saint-Denis. Un fleuron bourguignon récent créé par Jacques Seysse, le père de Jeremy, en 1968, après la vente de l’entreprise familiale (les biscuiteries Belin). Agrandi au fil des décénies, Le domaine Dujac compte 17,5 hectares certifiés à l’agriculture biologique en 2011. Au fil des années, il s’est  étendu en dehors de l’implantation historique de Morey-Saint-Denis et produit des vins aussi bien en Côte de Nuits qu’en Côte de Beaune après la reprise, en 2014, de vignes en fermage à Puligny-Montrachet (1ers crus Folatières et Combettes). La famille Seysse élabore douze premiers et grands crus de Gevrey-Chambertin, Morey-Saint-Denis, Chambolle-Musigny et Vosne-Romanée : Clos de la Roche, Clos Saint-Denis, Échezeaux, Charmes-Chambertin, Bonnes-Mares et depuis trois ans les rarissimes Chambertin et Romanée-Saint-Vivant. https://www.dujac.com/

A PROPOS DE / Jermain Stone, New-Yorkais du Bronx tombé dans le monde du vin en travaillant au service logistique de la maison de ventes de vin aux enchères Zachys. Il dirige CRU LUV Cru Luv , une agence créative dédiée à rassembler la culture du vin et du hip-hop.

 A PROPOS DE / Le rap rapport gros au domaine Dujac  Fait marquant en 2018, la meilleure performance du Power 100, la liste Liv-ex qui classe chaque année les marques les plus puissantes sur le marché des vins fins, appartiennait au domaine Dujac de Bourgogne avec un nombre impressionnant de 142 places gagnées dans le classement Power 100 de la 177ème à la 35ème place. 

L’origine de ce succès remonte à janvier 2018 quand le rappeur américain DJ Khaled publit un billet sur son compte Instagram au sujet de son programme Weight Watchers (si, si) et du vin – que Jay-Z lui avait recommandé – adapté à son régime et qui l’avait « enthousiasmé ». Ce vin, bien sûr, était un Dujac.

Deux jours plus tard, l’histoire était reprise par les médias américains au mois de mars, on pouvait même entendre le nom Dujac (« Dujac in Mag ») dans le titre « Top Off » de DJ Khaled, Jay-Z et Beyonce. Selon le site Live Ex :  » dès lors, la demande pour les vins du domaine a explosé. Les prix de marché des Dujac ont augmenté de 51 % en moyenne, ce qui fait que le domaine enregistre la 4e meilleure performance en termes de hausse de prix cette année, pour se hisser à la 35e place du classement Power 100. »

Jeremy Seysses (Dom. Dujac) et Melanie Berman (Hautes Côtes) à l'initiative de la soirée Vins et Hip-Hop.
@Tellementsoif
Jeremy Seysses (Dom. Dujac) et Melanie Berman (Hautes Côtes) à l'initiative de la soirée Vins et Hip-Hop.

Cette soirée « Brooklyn to Burgundy » au Château du Clos de Vougeot mélait vin et hip hop avec les artistes Andy…

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