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C’est Chelles que j’aime

La renaissance de la viticulture francilienne est en marche. Et pas seulement pour des raisons de réchauffement climatique. Le domaine Les Coteaux du Montguichet est un des plus importants de ces projets. Situé à Chelles (Seine & Marne), à 15 km à l’Est de Paris, ce tout nouveau vignoble, avec une cave bien équipée, signe son premier millésime en 2019. D’étonnants bons « vins de fruit ». Découverte de cette excitante aventure viticole urbaine avec son concepteur Pierric Petit.

[COMPLET] 20230112_RENCONTRE_AG_PierricPetit.mp4.smil

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Qui aurait pu imaginer il y a trente ans le dynamisme du vignoble Francilien d’aujourd’hui ? Comme de nombreux vignobles urbains qui émmergent partout en Europe, ces replantations correspondent à la renaissance de vignes détruites par le phylloxera au XIXème siècle. Pierric Petit pilote  cette renaissance, 6 hectares au dessus de Chelles, avec vue sur le Grand Paris. Un domaine tournée vers le public de la Capitale mais qui a fait le choix de ne pas jouer l’élitisme.

ENTRETIEN AVEC PIERRIC PETIT

A. Gerbelle : C’est une grande découverte pour nous. Pour Tellement Soif. C’est une première pour moi. J’ai déjà parlé de votre vin à la radio [France-Inter] parce que je me suis arrêté sur ce pinot en me disant « Mais qu’est-ce que c’est que ce vin qui est produit à Chelles ! ». On est en Seine et Marne ou en Val de Marne ?

P. Petit :  A la limite entre la Seine et Marne et la Seine Saint-Denis.

A. Gerbelle : Un vignoble tout neuf qui fait partie de ce grand mouvement, ce bouillonnement de la viticulture en Ile de France. Création en 2019 ?


P. Petit : Création en 2018. Plantation en 2019 pour des raisons administratives.

A. Gerbelle : Tout est jeune. Nous sommes dans une cave qui sort de terre. Mais on va commencer par vous. Quel est le fou qui se permet de dire : « je veux planter six hectares aujourd’hui, dix hectares à terme, de vignes en milieu urbain ? A quinze kilomètres du périphérique, je rappelle pour les noms parisiens. » Qu’est-ce qui vous est passé par la tête pour arriver sur un projet aussi fou ?

P. Petit : J’ai, je crois, le parcours commun de tous les gens qui ont, ou vont, replanter de la vigne en Ile de France. Il y a très peu de vignerons parmi eux, très peu de familles vigneronnes ou des gens qui sont issus de la viticulture. Donc, c’est forcément une reformation. Moi, j’étais menuisier. J’avais une boîte de menuiserie à Romainville dans le 93. Et puis j’ai perdu le fil de mon boulot et je cherchais à en dévier. Et j’étais amateur de vin. Et comme j’étais artisan, j’ai plus vue le vin côté fabrication que commerce. J’ai fait un peu de vente mais c’est  anecdotique. Et j’ai tout simplement été voir des vignerons, je leur ai dit : « écoutez, je ne suis pas fainéant. » Mais j’étais déjà âgé, 45 ans, pas le temps de faire un BTS Viti-œnologie. Et donc j’ai été bosser dans les vignes.

A. Gerbelle : Ouvrier viticole.

P. Petit : Ouvrier viticole dans quelques domaines en Bourgogne et en Alsace. Et puis après, je me suis quand même formé. J’ai fait la fac de Dijon. Et puis le CFPA à Beaune.

A. Gerbelle : Les bons parcours pour avoir des bonnes bases.

P. Petit : Voilà, ça partait pour moi plus du côté pratique, c’est ce qui m’a vraiment motivé. Un parcours qu’on va retrouver dans la région Ile de France parmi les créateurs de vignoble.

Cave Les Coteaux du Montguichet (Chelles)
Cave Les Coteaux du Montguichet (Chelles)


A. Gerbelle : Mais comment arrive t-on à Chelles sur ce coteau ?

P. Petit : Quand j’ai fait mes études d’œnologie, j’ai fait un rapport de stage sur la renaissance du vignoble d’Île de France.

A. Gerbelle : un sujet qui vous intéressait déjà.

P. Petit : Je me suis interrogé : à quoi cela sert de planter des vignes à côté d’une ville ? Ma réflexion est partie de là. Parce que j’aurai pu acheter un domaine viticole en Anjou, en Beaujolais, par exemple, dans les endroits qui sont potentiellement accessibles. Mais ici, il y a quelque chose de particulier avec l’Ile de France : vous replanter des vignes sur un terroir, sur une zone qui a connu jadis de la vigne. Donc on raconte une nouvelle histoire viticole

A. Gerbelle : Il faut préciser que l’on est ici dans la grande, la vieille histoire viticole française, qui remonte au moyen âge, puis après qui commence à décliner. Donc autour il y avait une abbaye ?

P. Petit : Il y avait l’abbaye de Gagny. Il y avait aussi un grand propriétaire à Chelles qui avait des vignes à cet endroit, il y a très longtemps. Jusqu’au XIXᵉ siècle. Au XIXᵉ siècle, c’était une viticulture populaire, où les gens du coin faisaient leurs vignes familiales.

Vignoble du Coteaux du Montguichet (Chelles).
Vignoble du Coteaux du Montguichet (Chelles).


Il y a eu une vraie histoire viticole ici. Il y avait d’ailleurs un agriculteur avant nous qui faisait de l’orge, qui avait des rendements très moyens parce que ce sont des terres à vigne, pas des terres à grandes cultures.

A. Gerbelle : Revenons sur cette idée d’associer un vignoble et l’urbanisme. Qu’est-ce qui vous intéressait dans cette démarche ?

P. Petit : C’est l’interaction possible entre un outil de production, la convivialité du vin avec la ville. On peut notamment ouvrir les vignes au public. On va d’ailleurs faire une parcelle qui sera ouverte aux habitants de Chelles. On peut convier ainsi les gens à un retour à la nature. Une mission pédagogique. Et puis avec le développement du mouvement de la viticulture francilienne, on va avoir besoin de former du personnel à la vigne, on va devenir un pôle de formation. On peut recevoir les habitants aussi, les particuliers, les entreprises… Donc il y a beaucoup de choses autour de la culture du vin à faire, c’est ça qui m’intéressait. Coller un outil de production professionnel, qualitatif, à quelque chose d’un peu plus humain, une interaction avec les gens et toute la culture autour du vin. Un vignoble à côté d’une grosse ville a cette possibilité.

A. Gerbelle : Et l’humain jusqu’à impliquer des habitants ou des jeunes dans le travail du vignoble ?

P. Petit : Bien sûr, puisqu’ici on a effectivement peu de gens formés. Je fais appel à des saisonniers qui sont des jeunes de la région qui viennent bosser dans les vignes. L’utilité aussi d’un domaine comme ça, c’est de faire de l’emploi. C’est aussi pour ça que nous sommes un domaine artisanal où on fait pratiquement tous les travaux à la main. Mon objectif est de créer des emplois qui sont effectivement des emplois agricoles, donc pas forcément super bien payés. Mais un jeune qui est à l’école, pendant ses vacances, il peut venir bosser au domaine. On fonctionne beaucoup comme ça.

A. Gerbelle : Et provoquer des vocations.

P. Petit : Voilà c’est tout cet ensemble. Et puis derrière le bâtiment, on a un espace de réception où on va créer des événements culturels autour du vin. Les gens pourront venir déguster au domaine et un peu plus que ça. Ils vont pouvoir venir parfois grignoter un morceau, passer un moment au cœur du vignoble.

A. Gerbelle : Parlons viticulture. Il est étonnant votre vignoble. Au loin on voit le Grand Paris qui lèche le bas des coteaux. On est dans un environnement des câbles haute tension, les pilonnes électrique ne sont jamais très loin. Mais vous avez réussi à recréer un petit havre de paix grace à la forêt qui vous protège bien. Et puis il y a une sacrée collection de cépages. D’inspiration bourguignonne, champenoise ?

Au loin la ville de Chelles (77).
Au loin la ville de Chelles (77).


P. Petit : Oui, l’idée était de trouver une cohérence. C’est à dire à la fois d’avoir une viticulture bio moderne, mais en même temps de s’ancrer dans une histoire. Et on ne vient pas de nulle part. On a de grandes régions viticoles autour de nous. On a des zones climatiques qui correspondent à trois grands cépages qu’a connu l’Ile de France et qui sont présents juste à côté. Ce sont les pinots noirs, chardonnays et pinot gris (qui a été très présent en Ile de France). Le côté original, moderne, est amené par le savagnin du Jura qui va donner, j’espère, une originalité, quelque chose de spécifique à ce vignoble.

A. Gerbelle : J’ai goûté en 2019, c’est le tout premier vin qui n’a pas été vinifié ici puisque la cave n’était pas encore terminée. En 2022, ça y est, tout est en place. Moi, je suis un peu bluffé par la droiture et l’expression très franche. On sent que vous savez faire du vin. Il se passe quelque chose. Il y a un fruité naturel qui va à mon avis continuer à s’exprimer ici, non ?

P. Petit : En fait j’ai assez peu d’expérience. Donc mon objectif, c’est de ne pas trop intervenir puisque c’est d’essayer de respecter les raisins qui arrivent. Alors on est sur les tous premiers millésimes puisqu’on a fait 2021 et 2022.

A. Gerbelle : Vous avez une expression, vous dites : « on fait encore des vins de fruits. »

P. Petit : Je dis qu’on fait des vins de fruits parce qu’aujourd’hui, on a des vignes qui sont tellement jeunes qu’on ne peut pas dire qu’on fait des vins de terroir. On est plus à faire des vins de fruits, d’expressions fruitées, mais avec quand même effectivement une droiture, une ligne, une intention.

Pierric Petit dans la cave du Coteaux du Montguichet
Pierric Petit dans la cave du Coteaux du Montguichet

Parce que le vin est quand même un geste humain et que derrière, il y a une idée, une philosophie, une esthétique. Et donc j’essaye de mettre des gestes pour atteindre ça, tout en sachant que je n’essaie pas d’utiliser des techniques d’extraction puissante, parce que je veux pour l’instant respecter ce que la vigne peut nous donner comme raisin, comme qualité de raisin. Sinon ça serait le dénaturer.

A. Gerbelle : On a oublié de préciser, vous êtes en bio, vous travaillez avec des levures indigènes. Vous mettez en place, vous respectez un écosystème qui va chercher justement cette expression du terroir, comme on la retrouve dans toutes les grandes régions viticoles aujourd’hui. Combien de cuvées produirez vous à terme ?

P. Petit : On est devant une page blanche. On a quatre cépages. Philosophiquement, moi, je suis plutôt mono cépage, mais je ne m’interdis pas du tout de faire des assemblages. Donc, sans doute un pétillant naturel, assemblage chardonnay/savagnin, qui pourrait être aussi une originalité. On a une particularité, c’est que la moitié du domaine est plantée en sélections massales et l’autre moitié en clonales. On pourra aussi travailler sur ces deux expressions.

A. Gerbelle : Une expression de vin avec plus de fruit sur les clonales, plus de fond sur les massales.

P. Petit : Oui. Après, comme on a la possibilité d’agrandir, on est en train de réfléchir à un second cépage rouge. Nous envisageons le Grolleau, pour faire un joli canon, comme on en connaît dans la Loire. Ça permettra aussi d’apporter la philosophie d’une autre région au domaine. Je pense également à la mondeuse, un cépage de Savoie. Elle pourrait donner une expression vraiment particulière ici.

A. Gerbelle : Et donc inauguration du caveau en juin 2023. On va donc pouvoir trouver enfin vos vins. Parce la production est toute petite. En ce moment, vos bouteilles sont chez quelques cavistes parisiens. Moi j’ai trouvé une bouteille à la cave de Belleville. Quand arrive sur le marché le 2022 ?

P. Petit : L’idée est de faire l’inauguration du domaine avec les millésimes 2022. Les gens pourront venir au domaine, goûter, passer un moment sympa, une belle inauguration.

A. Gerbelle : Vous tenter aussi de rester dans des prix accessibles ?

P. Petit : Oui, moins de 20 €. L’idée est de pouvoir se donner les moyens de continuer à évoluer, de travailler correctement, de pouvoir monter des projets, des expérimentations. Tout ça demande un peu de moyens, effectivement. Mais je ne veux pas qu’on tombe dans l’opportunisme avec des vins très chers. Pour moi, ce ne serait pas cohérent. En dessous de 20 €, les gens peuvent se faire plaisir et le projet est viable.

A. Gerbelle : Je suis confiant, il y a un vrai vin, il y a une histoire, les choses devraient bien se passer. Merci beaucoup Pierrick. On reviendra pour suivre volontiers.

P. Petit : Merci.